Organiser la continuité pédagogique à distance en langues vivantes #3

Comme annoncé dans notre précédent courrier et suite à vos retours sur ce sujet, ce troisième courrier est consacré à différentes stratégies et démarches qui peuvent être envisagées de façon à rendre compte aux élèves de leurs efforts et de leurs progrès. Il prend en compte les spécificités de la discipline langues vivantes et il est complémentaire du courrier portant sur l’évaluation adressé par les IA-IPR de toutes les disciplines de l’académie de Normandie.

Dans la très grande majorité des langues le sens premier du verbe évaluer (ou du terme qui y correspond) signifie « extraire la valeur de, donner du prix à, apprécier ». L’évaluation est donc un acte pédagogique indissociable de toute démarche d’apprentissage en ce qu’elle est un retour sur le travail de l’élève qui permet d’apprécier « ce qui fonctionne », d’accorder de la valeur aux progrès effectués pour pouvoir ensuite définir les évolutions nécessaires. Pouvoir renseigner les élèves sur le travail effectué, sur là où ils en sont dans leurs apprentissages, est important pour assurer la continuité pédagogique mais n’est pas chose toujours aisée dans un contexte inhabituel où pour certains de nos élèves, l’effet psychologique du retour, plus difficile face à son écran, n’est pas non plus à sous-estimer.
Pour vous accompagner dans votre réflexion voici quelques pistes, nourries de nos échanges avec plusieurs d’entre vous.

1) Quels retours sur le travail de l’élève, quels objectifs ?

Dans la mesure du possible et tout en tenant compte des difficultés matérielles et organisationnelles, les retours sur le travail effectué gagneront à s’opérer de façon assez régulière et en variant les modalités. 
La particularité de l’évaluation dans le contexte de la continuité pédagogique est la nécessité de poursuivre les modalités d’évaluation habituelles – afin de ne pas désorienter les élèves – tout en essayant de valoriser les progrès par rapport à des compétences ciblées. Les objectifs visés sont non seulement d’encourager les élèves mais aussi de leur proposer des pistes d’amélioration afin de les engager dans une démarche d’amélioration continue de leurs productions et de progression dans la construction de leurs compétences langagières.
Nous sommes tous bien conscients que les élèves ne disposent pas des mêmes conditions de travail ni des mêmes outils pour s’entraîner ce qui ne peut que nous amener à faire preuve de souplesse. Ainsi, il semble judicieux de ne pas systématiquement évaluer les élèves en même temps mais à des temps différents, selon des modalités différentes et de leur offrir des choix à condition bien sûr que cela n’engendre pas un surcroît de travail pour l’enseignant.

Si ces retours ont vocation à être réguliers, il ne s’agit pas d’individualiser systématiquement le suivi, à l’écrit comme à l’oral. Concernant cette dernière modalité, Il peut s’agir d’une correction globale proposée par le professeur dans une courte vidéo (via POD) ou bien de retours groupés via une classe virtuelle pour ne citer que quelques exemples. Les remarques de bon nombre d’entre vous montrent que ces retours groupés permettent non seulement de maintenir une certaine cohésion de groupe mais ils donnent aussi une opportunité à l’élève de se situer par rapport à une réussite collective. Cette modalité de retour global contribue également à dégager un temps appréciable pour un suivi rapproché des plus fragiles.

2) Pour les plus fragiles…

Selon le degré d’autonomie des élèves, les suivis peuvent être plus espacés. Certains devront, autant que faire se peut, bénéficier d’un suivi plus rapproché.
Dans ce contexte de travail à distance, les élèves fragiles qui sont aussi, bien souvent, ceux dont, en temps normal,le contexte d’apprentissage ne dépasse pas ou très peu l’espace de la classe, se trouvent encore plus démunis. Pour ces élèves, rappelons qu’il est tout particulièrement judicieux qu’ils puissent bénéficier de retours plus réguliers de façon à ce qu’ils maintiennent, autant que possible, leur engagement dans la tâche. Au cours des différentes étapes successives du projet, des retours réguliers et précis du professeur sur leurs réussites et marges de progrès, associant si possible une démarche d’auto-évaluation de l’élève (ce que j’ai réussi, ce que je n’ai pas réussi, ce qui me manque pour permettre l’acquisition de… ou la prise de conscience guidée de stratégies à mettre en place etc.) doit pouvoir contribuer à maintenir l’élève dans une démarche positive et de poursuite du travail demandé. Par ailleurs, plusieurs travaux de recherche montrent que confronter son auto-évaluation à l’évaluation du professeur contribue à développer la motivation, l’élève ainsi responsabilisé prenant davantage confiance en lui.
Précisons cependant de façon générale que, s’il s’agit, par des retours et évaluations d’étapes, de donner confiance à l’élève sur ce qu’il est capable de faire et de l’amener à se projeter positivement sur ce qui suit, il convient de veiller systématiquement à ce qu’il garde bien la visée globale du projet travaillé. 

3) Comment tirer parti des pratiques personnelles (sport, hobbies, suivi de youtuber etc…des élèves) pour multiplier les situations de prises d’indices ?

Il peut également être intéressant de s’appuyer sur les activités de loisirs des élèves qui les exposent à la langue étrangère comme l’écoute de chansons, le visionnage de séries en VO, de podcasts, les jeux vidéo en ligne…
L’objectif est de donner de la valeur aux pratiques langagières qui ne sont pas liées à l’apprentissage de la langue dans un cadre scolaire mais extra-scolaire.
Lorsque les élèves écoutent des chansons, regardent des séries ou jouent en ligne, ils n’ont pas forcément conscience de travailler la langue. Il s’agit ici de les inviter à auto-évaluer ce qu’ils ont appris, à prendre conscience de ce que leur apportent les activités de loisirs. Evidemment, il est nécessaire de les accompagner dans ce cheminement en élaborant avec eux des outils d’auto-évaluation prenant en compte des apprentissages langagiers, culturels et méthodologiques.
Dans le même esprit, on pourrait aussi envisager un journal des apprentissages, permettant aux élèves de porter un regard réflexif sur les compétences développées (à quoi sert ce que j’ai appris ?) et de le verbaliser. Ce journal pourrait être un moyen pour l’élève de comprendre ses erreurs, de rendre compte de ses difficultés et lui permettrait aussi de donner du sens à l’apprentissage de langue. Pour l’enseignant, ce journal peut constituer un outil de suivi qui s’inscrit également dans une démarche d’évaluation formative.

4) Les classes à examen

En langues vivantes et depuis plusieurs années, les programmes et examens sont adossés à des niveaux de compétences qui sont progressivement construites, du collège au lycée et régulièrement évaluées.

Pour ces élèves ayant une échéance précise, il conviendrait tout particulièrement de les amener à augmenter -de façon dirigée mais aussi plus librement choisie dans certains cas- leur temps d’exposition et de pratique de la langue étrangère, écrite et orale, en proposant des situations de communication - brèves mais fréquentes, variées, notamment en matière de type de discours. Par ailleurs, le recours, assez régulier en temps normal, à l’auto voire à l’inter-évaluation sur des attendus précis en matière de compétences, critériés et construits avec les élèves, est une modalité qui pourra trouver également toute sa place dans le cadre de ces situations d’entraînements. Elle permet aux élèves de prendre conscience de leurs acquis, des marges de progrès qui restent à accomplir pour atteindre le niveau de compétences attendu.

De façon générale, multiplier et approfondir les prises d’indices permet à l’enseignant de mesurer les réussites, les progrès à engager et d’évaluer ainsi plus finement les compétences des élèves.

Nous espérons que ces quelques éléments pourront vous aider dans la réflexion que vous menez sur la manière de rendre compte aux élèves de leurs efforts et de leurs progrès. Nous sommes bien conscients du travail considérable que vous fournissez et vous en remercions vivement.

Les inspecteurs de langues vivantes de l’académie de Normandie

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